Nous, Ministres chargés des affaires étrangères,
du commerce extérieur et de la coopération internationale, des affaires
économiques ou sociales de Chine et des pays africains, sommes réunis à Beijing
du 10 au 12 octobre 2000 à l'occasion du forum sur la Coopération
sino-africaine-- Conférence ministérielle 2000, qui représente le premier grand
rendez-vous du genre dans l'histoire des relations sino-africaines.
Nous avons procédé à un ample échange de vues
sur les questions internationales ainsi que sur l'état des relations entre la
Chine et les pays africains. Nous estimons tous que le Forum sur la Coopération
sino-africaine est le cadre d'un dialogue collectif entre la Chine et les pays
africains sur la base de l'égalité et des avantages réciproques et que la
recherche de la paix et du développement constitue notre objectif commun.
Nous sommes conscients du fait qu'à l'approche
d'un nouveau siècle, la paix et le développement sont loin d'être complètement
réalisés dans le monde d'aujourd'hui à cause de l'existence persistante des
facteurs déstabilisateurs graves et d'un énorme écart entre le Nord, riche, et
le Sud, pauvre.
Nous réaffirmons que les injustices et les
inégalités dans le système actuel des relations internationales ne vont pas dans
le sens du courant de notre époque en quête de la paix et du développement sur
le globe, et qu'elles compromettent le développement des pays du Sud et menacent
la paix et la sécurité internationales. Nous soulignons que l'établissement d'un
nouvel ordre politique et économique international, juste et équitable, est
indispensable pour la démocratisation de ces relations internationales et la
participation effective des pays en développement au processus international de
prise des décisions.
Nous considérons qu'il est essentiel pour la
paix et la sécurité dans le monde de réaliser un désarmement général et complet
et l'interdiction de toutes les armes de destruction massive.
Nous notons que la globalisation accroît
l'interdépendance des différentes économies, que néanmoins, elle profite surtout
aux pays développés et que la plupart des pays en développement, notamment les
économies faibles et vulnérables ainsi que les pays les moins avancés de
l'Afrique, se trouvent dans une situation défavorable qui met sérieusement au
défi leur sécurité économique, voire leur souveraineté d'Etat.
Nous rappelons la lutte héroïque des pays et
peuples africains pour la conquête de l'indépendance ainsi que les efforts
admirables qu'ils ont déployés par la suite pour le développement de l'économie
nationale, et nous constatons que les pays africains et le Continent africain
dans son ensemble font face encore à de multiples difficultés et défis dans leur
processus de développement.
Nous notons avec une vive préoccupation qu'après
des années d'efforts, certains pays africains ne sont toujours pas parvenus à
réaliser la stabilité politique, économique et sociale; nous soulignons que des
facteurs économiques et sociaux sont à l'origine de l'instabilité politique, des
tensions sociales et des conflits fréquents en Afrique. De plus, la propagation
du VIH/sida, du paludisme, de la tuberculose ainsi que des autres maladies
transmissibles cause aux pays africains de lourdes pertes en ressources
économiques et humaines; et l'aggravation de la pauvreté compromet sérieusement
le développement de l'Afrique.
Nous soulignons que le lourd fardeau de
l'endettement entrave les efforts des pays africains pour le développement et
pénalise leurs économies. Nous sommes d'avis que la communauté internationale a
la responsabilité et l'obligation d'aider l'Afrique à résoudre son problème des
dettes.
Nous apprécions hautement le développement
régulier des relations Afrique-Chine depuis des décennies, avons une confiance
totale dans l'avenir de notre coopération, estimons que les relations d'amitié
et de coopération entre la Chine et l'Afrique reposent sur une base solide et
que l'amitié traditionnelle sino-africaine plonge ses racines dans la profondeur
des âges. Nous soulignons en outre que l'appartenance de la Chine et des Etats
africains à la même famille des pays en voie de développement identifie leurs
intérêts fondamentaux; et nous avons la conviction qu'il est particulièrement
important, pour le raffermissement de la solidarité entre les pays en
développement et la promotion de l'avènement d'un nouvel ordre international,
d'entretenir des liens étroits de consultations entre la Chine et l'Afrique sur
le plan international.
Nous rappelons l'évolution de la coopération
entre la Chine et les pays africains dans les domaines économiques, commercial
et autres, et constatons l'existence d'énormes potentialités à cet égard. Nous
considérons que cette coopération s'inscrit dans le cadre de la coopération
Sud-Sud et que le renforcement de la coopération entre la Chine et les pays
africains correspond aux intérêts tant immédiats qu'à long terme des deux
parties.
Nous proclamons solennellement ce qui suit:
1. Il faut respecter les Buts et Principes
énoncés dans la Charte des Nations Unies et la Charte de l'Organisation de
l'Unité africaine, les Cinq Principes de la Coexistence pacifique ainsi que les
autres normes régissant les relations entre Etats, qui sont universellement
reconnues. Tous les Etats ont le droit de participer, sur un pied d'égalité, aux
affaires internationales. Aucun pays ou groupe de pays n'a le droit d'imposer sa
volonté à autrui, ni de s'immiscer dans les affaires intérieures des autres sous
un prétexte quelconque, ni de leur imposer de manière unilatérale des mesures
économiques coercitives. Le Nord et le Sud doivent renforcer, sur la base de
l'égalité, leur dialogue et leur coopération.
2. Il est nécessaire d'adhérer fermement au
principe du règlement pacifique des conflits internationaux. Les conflits entre
Etats doivent être réglés par voie de négociations, de consultations ou d'autres
moyens pacifiques, sans recourir à la force, ni à la menace par la force, ni à
la menace nucléaire. Tous les pays dotés d'armes nucléaires doivent s'engager à
ne pas employer en premier leurs armes nucléaires ni s'en servir ou menacer de
s'en servir contre les pays non nucléaires et les zones dénucléarisées. Toutes
les parties concernées doivent oeuvrer à la promotion du processus de
désarmement et de non-prolifération nucléaires, pour réaliser finalement
l'objectif de l'interdiction complète et de la destruction totale des armes
nucléaires de même que des autres armes de destruction massive de façon à
garantir la sécurité de tous les pays. Nous soutenons les pays concernés dans
leurs efforts pour créer, sur la base du libre consentement, de nouvelles zones
dénucléarisées. Les deux parties sont disposées à renforcer leur coopération
pour stopper la prolifération, la circulation et le trafic illicites des armes
petites et légères.
3. Il faut respecter et renforcer le rôle
primordial du Conseil de Sécurité des Nations Unies dans le maintien de la paix
et de la sécurité dans le monde, promouvoir activement les réformes de l'ONU et
des institutions financières internationales. La représentation, au sein du
Conseil de Sécurité de l'ONU et des institutions économiques et financières
internationales, des pays en développement doit être accentuée de façon adéquate
pour traduire pleinement l'esprit de la démocratie dans les relations
internationales. A cet égard, nous appelons à la reconnaissance à l'Afrique de
la place légitime qui lui revient au sein du Conseil de Sécurité et des
organismes et institutions spécialisés du système des Nations Unies.
4. Il convient de respecter l'universalité des
droits de l'homme et les libertés fondamentales, de préserver la diversité du
monde et de faire prévaloir le principe de la recherche des terrains d'entente
par delà les divergences. Chaque pays a le droit de choisir dans sa marche en
avant son système social, sa voie de développement et son mode de vie, en
fonction de ses particularités nationales. Comme les pays du monde diffèrent les
uns des autres par leurs systèmes sociaux, leurs niveaux de développement, leurs
contextes historiques et culturels ainsi que leurs conceptions des valeurs, ils
ont le droit de choisir leurs propres approches et modèles pour promouvoir et
protéger les droits de l'homme chez eux. De plus, les pratiques visant à
politiser les droits de l'homme et à assortir l'assistance économique de
conditions en matière de droits de l'homme sont à condamner vigoureusement,
parce qu'elles constituent elles-mêmes des actes de violation des droits de
l'homme.
5. Il faut consolider le principe de la
coopération mutuellement avantageuse en vue d'un développement commun. La
responsabilité et l'obligation s'imposent aux pays développés d'aider les pays
en développement, surtout les pays africains, en matière d'assistance financière
et technologique ainsi que dans d'autres domaines. Ils doivent établir des plans
de développement réalisables et coopérer avec les pays en développement sur la
base de l'égalité et des avantages réciproques, en vue du progrès pour le Nord
comme pour le Sud. Les pays en développement doivent renforcer davantage leur
unité et leur collaboration, relever ensemble les défis de la mondialisation, en
tirant profit tout en évitant ses méfaits.
6. Nous saluons les efforts déployés par les
pays africains pour renforcer la coopération sous-régionale et consolider
davantage l'unité africaine par l'établissement d'une union africaine. Nous
exhortons la communauté internationale et les organisations internationales à
appuyer les mesures adoptées dans ce sens par les pays africains. Toutes les
parties concernées doivent oeuvrer à la solidarité, à la paix et au
développement en Afrique et trouver des solutions adéquates à leurs litiges.
Nous apprécions le rôle actif de l'OUA, des autres organisations régionales et
sous-régionales concernées dans le règlement des conflits en Afrique. La
communauté internationale, notamment l'ONU, doit accorder un attention
particulière au règlement des conflits en Afrique. Elle doit prendre à cet effet
toutes les mesures nécessaires, comme l'élaboration de plans efficaces de
maintien de la paix.
7. Nous exprimons notre appréciation devant les
efforts déployés par les pays africains et toute la communauté internationale
pour combattre le VIH/sida, le paludisme et les autres maladies infectieuses /
transmissibles et devant les actions engagées pour éradiquer la pauvreté. A cet
égard, nous saluons l'initiative de création d'un fonds de solidarité mondiale
et appelons les institutions concernées à appuyer énergiquement sa mise en
place. Nous sommes d'accord pour travailler en commun afin de renforcer notre
coopération dans la lutte contre le terrorisme, en vue d'éliminer ce phénomène
sous toues ses formes et dans toutes ses manifestations.
8. Nous saluons les efforts louables déployés
par certains pays à revenus intermédiaires et les autres initiatives bilatérales
des donateurs de fonds visant à annuler des dettes publiques des pays africains.
Nous apprécions le récent renforcement de l'initiative en faveur des pays
pauvres très endettés (HIPC), dans le cadre de l'allégement du fardeau de la
dette et de l'éradication de la pauvreté surtout en Afrique. Nous soulignons que
cette initiative intervient dans le contexte du déclin de l'aide publique au
développement à des niveaux historiques et que le rééchelonnement des dettes des
pays africains ne doit pas être assorti de conditions politiques ni s'opérer au
détriment de l'aide publique au développement. Nous appelons avec insistance les
institutions financières internationales concernées et les pays développés
créanciers à prendre davantage de mesures concrètes visant à la réduction et à
l'annulation des dettes des pays les moins avancés et des pays à revenus
intermédiaires en Afrique. Nous saluons les mesures concrètes que la Chine
s'engage à prendre pour y apporter sa part de contribution bien qu'elle soit
elle-même un pays en
développement.
9. Nous affirmons notre détermination à
raffermir et à étendre davantage la coopération sino-africaine à tous les
niveaux et dans tous les domaines, à établir dans le cadre de la coopération
Sud-Sud un partenariat d'un type nouveau, aussi durable que stable, basé sur
l'égalité et les avantages réciproques. Nous approfondirons le dialogue,
élargirons le consensus, continuerons de coordonner nos positions sur le plan
international et renforcerons le soutien mutuel, en vue de sauvegarder les
droits et intérêts légitimes aussi bien des pays africains que de la Chine et de
développer en profondeur ce partenariat nouveau.
10. Nous décidons d'impulser énergiquement, sur
la base des principes énoncés dans cette Déclaration et le "Programme de
Coopération sino-africaine sur le Développement économique et
social" adoptés lors du présent Forum, la
coopération entre l'Afrique et la Chine dans les domaines économique,
commercial, financier, agricole, médical, sanitaire, technico-scientifique,
culturel, éducatif, de la mise en valeur des ressources humaines, des
transports, de l'environnement, du tourisme et autres, en vue de contribuer au
développement commun de l'Afrique et de la Chine.